Lutte contre l'espionnage industriel :
L’espionnage industriel consiste à s’approprier illégalement des informations protégées d’une entreprise.
Dans un article du USA Today du 13/02/2003, il est écrit : « … le nombre de cas d’espionnage économiques aux Etats Unis augmente tous les ans (30% l’an dernier)… le vol de secrets commerciaux a coûté 59 milliards de dollars environ aux 1 000 premières compagnies américaines en 2001.
L’espionnage industriel en France coûterait d’après la DST au moins 1,5milliards d’Euros chaque année aux entreprises françaises « insouciantes ».
Lorsque le savoir-faire et la technologie ne peuvent être acheté, des entreprises « indélicates » procèdent à une recherche d’information très active : suivi des brevets, des expositions et salons, participation à de nombreux colloques et séminaires, visites d’entreprises, examen des produits concurrents, utilisation de stagiaire.
La motivation des agents économiques qui s’adonnent à l’espionnage industriel est d’abord le gain de temps et surtout d’argent (en moyenne 12 ans et 231 millions de dollars pour mettre un médicament sur le marché américain) que cette pratique procure.
C’est parce qu’il est de plus en plus facile de se doter des techniques, que l’espionnage gagne du terrain dans les entreprises. Avec quelques milliers d’euros et un peu de savoir faire, il est désormais possible de se fabriquer un attirail électronique qui permet d’entendre une conversation, d’intercepter des appels, de savoir ce qui se place sur un ordinateur… Tous ces équipements ne sont plus réservés aux services officiels de renseignement : les boutiques de gadgets électroniques de cessent de fleurir sur le marché.
De même si on y met le prix ou un bon savoir-faire, il devient facile de:
- Collecter l’information depuis l’extérieur de l’entreprise : presse spécialisée, rapports d’expert, Web, salons, visite d’entreprise …
- Provoquer la sortie des informations : interrogatoire plus ou moins ouvert du personnel ou ancien personnel de l’entreprise (sondages, mails, vrai ou faux entretien d’embauche…
- Pénétrer dans l’entreprise : piratage informatique, micros, infiltration, corruption …
Selon une études réalisée en 1988, les cibles les plus fréquente des espions étaient les informations et données concernant la recherche et la technologie (86%), les fichiers clients (28,8%), les projets de programmes (24,2%), et les secrets d’ordres financiers (21,2%).
Tout les pays ne sont pas touchés de manière identique par l’espionnage industriel. Il y a dix ans la DST faisait circuler des chiffres inquiétants : les soviétiques laissaient s’échapper à l’étranger 10% de leurs secrets ; les américains 70%, et les français…90%.
NICE-MATIN 14/01/11. Nid d'espions dans les entreprises de la Côte d'Azur.
Renault n’est pas la seule cible de l’espionnage industriel. De nombreuses entreprises azuréennes ont également été victimes d’attaques similaires.
Pour preuve la mésaventure de cette petite exploitation horticole azuréenne. « Trois serres, tout au plus, à Cagnes-sur-Mer, confie Pierre, ancien agent de la DST. Si ce n'est que le patron avait eu un coup de génie. Il inventait de nouvelles variétés de roses. Et pour cela, il avait mis au point une technique révolutionnaire. »
De quoi aiguiser les convoitises de la concurrence. Celles d'une grosse entreprise italienne, notamment, qui a trouvé un artifice plutôt ingénieux pour s'accaparer les techniques du petit horticulteur cagnois... En manipulant la justice azuréenne.
La société transalpine a tout bonnement déposé plainte pour contrefaçon. Le parquet a alors ordonné une perquisition. Mais l'officier de police judiciaire mandaté pour ce faire s'est retrouvé bien dépourvu. Qu'à cela ne tienne, la société italienne a - complaisamment - mis à sa disposition trois de ses meilleurs experts. Trois espions en fait, qui une fois entrés dans les serres cagnoises auraient eu vite fait de décortiquer le procédé révolutionnaire du petit horticulteur azuréen. Ils n'en ont pas eu le loisir. L'épouse de ce dernier les a accueillis...
C'est loin d'être le cas de tous les patrons azuréens. « Faute de temps ou de moyens », déplore Alice Guilhon qui à l'école Skema de Sophia Antipolis a créé un master d'intelligence économique. « Aujourd'hui, il faut absolument sensibiliser les chefs d'entreprise. Parce que l'espionnage industriel est une réalité. »
En France, on estime qu'une entreprise sur quatre a déjà fait l'objet d'une attaque de ce type. Et cette guerre économique n'épargne pas la Côte d'Azur. « Avec, la technopole de Sophia, ses entreprises innovantes, les Alpes-Maritimes constituent bien sûr une cible privilégiée », note Alice Guilhon.
« Le problème c'est que l'espionnage industriel est considéré comme une maladie honteuse par les entreprises. Celles qui en ont fait les frais rechignent à le dire, parce que l'avouer serait reconnaître une certaine vulnérabilité. Alors la plupart se taisent... »
Pourtant, les exemples sont légion : celui de ce nez grassois qui lors d'un séminaire s'est fait voler, dans sa chambre d'hôtel, les formules des parfums que sa société s'apprêtait à mettre sur le marché. Ou encore, cet équipementier automobile de Monaco qui, victime d'une cyber attaque, s'est fait piller les disques durs de ses ordinateurs... Ces vols de technologies sont le plus souvent le fait d'entreprises concurrentes. Mais parfois plane l'ombre d'une puissance étrangère.
Mais, aujourd'hui, il n'y a pas que les États souverains qui ont les moyens de s'offrir les services d'espions.
« Avec la fin de la guerre froide, des dizaines d'agents se sont retrouvés au chômage et se sont, du coup, reconvertis dans le privé, note Bernard Asso, professeur de droit spécialiste des questions de sécurité.
LE FIGARO. 03/03/11. Quand les entreprises traquent leurs espions.
Les spécialistes s’accordent à dire que les entreprises françaises sous-estiment grandement les multiples dangers qui les guettent; un constat valable pour les grandes sociétés, mais encore plus pour les PME. Elles ne sont pas, pour une grande part, rentrées de plain-pied dans la «guerre» de l’intelligence économique […] Or, «quand un patron se rend compte de quelque chose, c’est bien souvent que le mal est fait», témoigne un avocat. C’est alors que débute le véritable casse-tête, celui de la recherche de la preuve. Car ce qu’il faut au chef d’entreprise, c’est non seulement débusquer le coupable, mais surtout le coincer. Et cela dans les règles de l’art…et de la loi.
Du coup, dans l’ombre de l’avocat, il n’est pas rare de trouver l’intervention d’un «privé».
A mots couverts, les patrons confient souvent assez vite que différentes investigations informatiques leur ont déjà permis d’en savoir un peu plus sur le présumé coupable de divulgations d’informations ou de vols de données commerciales. Mais ces visites masquées au cœur de l’ordinateur du traître désigné ne sont pas avouables.
Dénicher des preuves présentables à la justice, c’est donc souvent la mission des …privés. […]
Internet foisonne d’outils de haute technologie dignes d’un épisode de James Bond que des espions même amateur peuvent se procurer à des prix abordables.[…]
La filature reste également une pièce maitresse de toute enquête. Paradoxalement, plus la technologie se développe, plus il faut de contacts, de face-à-face pour commettre un méfait. Alors que les échanges internet ou téléphoniques laissent des traces indélébile, la rencontre physique s’impose pour passer un contrat secret.
Les privés suivent leurs proies dans leurs pérégrinations, jusqu’aux portes de leurs domiciles, devant les cafés dans lesquels les informations sont échangées.
Le trophée idéal, c’est la photo compromettante. Par exemple, celle du directeur commercial de cette PME vendant des produits alimentaires et tapant dans la main de l’ancien propriétaire de la société - les deux hommes avaient monté un réseau parallèle grâce au détournement d’un fichier commercial. Ou encore celle de cet ouvrier rémunéré à peine au dessus du SMIC roulant au volant d’une voiture de sport, accompagné d’un responsable public étranger. […]
Le chef d’entreprise […] s’il a pris soin de constituer un dossier en règle - au cas où -, c’est le plus souvent entre les quatre murs d’un bureau clos que l’affaire va se régler avec le vilain petit canard. «80% des affaires ne vont jamais aboutir devant la justice. Le salarié à qui l’on présente la preuve de ses méfaits n’en mène pas large. A ce moment là, il ne se demande pas si la preuve a été recueillie selon toutes les règles légales…En général, il ne rechigne pas à démissionner…» poursuit un enquêteur.
Dans les cas les plus difficiles- par exemple, lorsque le règlement ne prévoit pas que les salariés peuvent faire l’objet d’une surveillance -, reste au chef d’entreprise la voix du pénal, car la justice y est moins regardante sur la loyauté de la preuve qu’en matière civil.
